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Gloses d’Ivonet Omnès

Genre
Divers
Langue
Moyen-Breton
Source
Les sources sont particulières à chaque texte
Remarques
Nous avons conservé l’orthographe d’origine.
Précisions
Revue Celtique, numéro XXXIV, pp. 241 et ss. Les gloses sont contenues dans un manuscrit de la Bibliothèque Nationale de France, ms. lat. n°14354 et 14355
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

LE PLUS ANCIEN TEXTE SUIVI EN BRETON

Ce texte a été découvert le 20 janvier dernier par M. Antoine Thomas, le romaniste bien connu. Il a fait part de sa trouvaille fort inopinée à l’Académie des Inscriptions, le 24 janvier, après m’avoir remis fort obligeamment une copie des lignes en breton. Sa communication a paru dans le Bulletin de l’Académie de janvier-février 1913, p. 23, et suiv. Je la donne à peu près in-extenso avec sa lecture des fragments bretons.

« Un volumineux manuscrit du Spéculum historiale de Vincent de Beauvais, suivi de la Table alphabétique de Jean Hautfumé, qui forme deux volumes (lat. 14354 et 14355), écrits de la même main et, sans aucun doute possible, dans le courant du XIVème siècle (1), contient, en cinq endroits différents, de courtes phrases dans lesquelles je n’ai pas eu de peine à reconnaître au premier aspect, la langue bretonne, bien que mon insuffisante préparation ne m’ait pas permis d’arriver à la pleine intelligence du sens.

(1) J’ajoute que les tables de Jean Hautfumé, dédié au cardinal Simon d’Archiac (1320-1323), fournissent pour la date un terminus a quo assez précis.

Ce sont boutades humoristiques comme les scribes ont coutume d’en laisser échapper de leur plume quand ils arrivent à la fin de leur tâche fastidieuse : elles sont entremêlées aux formules lettrées souvent signalées, les unes graves, les autres plaisantes, telles que :

Explicit, expliceat (sic) ; ludere scriptor eat 
Vinum scriptori debetur de meliori. 
Te Deum laudamus, te Deum confitemur

« Il ne faut donc rien en attendre qui honore grandement la pensée humaine au Moyen Age. En revanche, si l’on songe que, pour la langue bretonne nous n’avons, avant la seconde moitié du XVème siècle, aucun texte suivi, mais seulement des gloses et des mots isolés, on peut espérer que les celtisants y trouveront matière à d’utiles remarques grammaticales. Comme depuis la mort de notre regretté confrère H. d’Arbois de Jubainville, les études celtiques n’ont pas de représentant parmi nous, j’ai remis ma copie entre les mains de M. J. Loth, professeur de langues et littératures celtiques au Collège de France, qui se propose d’entretenir prochainement l’Académie de cette trouvaille inopinée. J’ajoute que c’est au cours de recherches poursuivies à la Bibliothèque nationale, tant en vue de ma conférence de lexicographie à la Faculté des Lettres, qu’en vue de ma collaboration à l’Histoire littéraire de la France, publiée par l’Académie, que j’ai eu le plaisir de faire cette trouvaille.

« A titre de document, je donne ci-dessous la reproduction diplomatique des textes bretons qui se trouvent dans le manuscrit de Vincent de Beauvais, en suivant l’ordre des feuillets :

    1° ms. lat. 14354, fol. 144c :

Au guen e heguen amlouenas anegarat an laclas.

    2° ibid., fol. 247b :

Au guen heguen hamlouenas hauegarat au lac.

    3" ibid., fol. 263d :

An vu heguen amlouenas auuegarat anlaclas.

    4° ms. lat. 14355, fol. 326d :

Mons omen inhoguen.

    5° ibid., fol. 399b :

Iuonet omues so map mat ha quar. 
Panesen ha suruguen hambezou dameren etc.

    6° ibid. :

Marhamguorant va karantit da vout in nos ohecostit uamgaret. nep pret. et c. va. 

Je n’ai pas eu de peine à reconnaître dans les fragments 1, 2, 3, 6, des vers construits conformément à la métrique du moyen-breton : c’est-à-dire des vers à rime finale, et à rime interne : dans l’intérieur du vers, la finale du mot à la césure rime avec la pénultième du vers. Cela m’a permis de rétablir la partie tronquée de 1, 2, 3 :

An guen heguen am louenas 
An [h]egarat an lac[at] [g]las.

Iuonet omnes est à lire Ivonet Omnes : Omnès est un nom propre encore très répandu en Bretagne bretonnante. En étudiant le ms., j’ai pu lire de façon sûre, fragment 4, au lieu de omen : oruen. M. Dorez qui a bien voulu me prêter le secours de son expérience, est d’avis qu’il n’y a pas de doute sur cette lecture.

La fin de r est à peu près effacée mais encore reconnaissable. La comparaison avec -or- dans meliori de la ligne suivante est démonstrative.

n et u étant confondus, il faut dire sans hésitation mous (fr. 4) au lieu de mons ; an (fr. 1, 2) pour au ; hanegarat (fr. 2), annegarat (fr. 3).

Le t de karantit et de costit (fr. 6) est à lire c : ces deux lettres sont très voisines l’une de l’autre dans le manuscrit : karantit ne pourrait s’expliquer qu’avec un suffixe -tit (gall. ieuengtid) ici fort invraisemblable ; costid s’expliquerait encore moins.

Une première question se pose : le scribe copiait-il un texte breton, ou écrivait-il sa propre composition, ou reproduisait-il de mémoire des fragments de poésies connues, peut-être populaires ?

Pour le fr. 4 (mous…) et le fr. 5 (Ivonet…), pas de doute : ils sont de lui.

Pour les autres (1, 2, 3 et 7), j’avais pensé d’abord à cause des marques d’abréviation (au lac. ; vamgaret, nep pret ) ; de la reprise va après, etc. (fr. 6) ; à cause de anuegarat pour anhegarat, que le scribe copiait un texte. Mais d’un autre côté ses incertitudes d’orthographe me portaient à croire qu’il n’avait pas de morceau écrit sous les yeux. Mon collègue et collaborateur E. Ernault, à qui j’avais soumis les fragments avec mes doutes sur certains points, est d’avis que le scribe ne copiait pas et m’en a donné de bonnes raisons. Il relève d’abord ses hésitations d’orthographe, qui prouvent, dit-il, une habitude plus grande d’écrire en latin qu’en breton : h l’a gêné ; il a d’abord écrit e, en commençant heguen, puis il s’est ravisé, l’a marqué d’un punctum delens et écrit correctement heguen. ll sait vaguement qu’il faut un h dans annegarat ; dans un endroit, il le place en tête. Ernault croit aussi, et avec raison, que le scribe utilise des réminiscences populaires : les passages 5 et 6 avaient sans doute une suite, qui chantait dans sa mémoire, et qu’il a remplacé par etc..

Dans ces conditions, il me semble impossible de modifier le texte autrement que par le complément at dans laclas, imposé par la mesure et assuré par la métrique. Je le donne sans autre changement, en rétablissant partout an hegarat, et en coupant les mots séparés.

An guen heguen am louenas 
An hegarat an lacat glas

« La (fille) à la joue blanche m’a réjoui, l’aimable, celle à l’œil bleu ». En mot à mot : La blanche sa joue m’a réjoui, l’aimable. la bleue son œil. Si on adoptait han egarat, il y aurait deux belles : celle blanche sa joue… et l’ aimable, celle bleu son œil. Si la variante an vu équivaut a guen, le sens de guen doit être tout différent.

Il est possible que, au lieu de lacat glas, le scribe ait prononcé lagatclas, comme l’a pensé Ernault : cf. Lagatu, nom d’homme, pour Lagat du, œil noir. Il est vrai qu’ici les deux consonnes assimilées, sont homorganes. De plus l’abréviation au lac (p. a) n’est pas en faveur de cette hypothèse.

An vu heguen am louenas 
An hegarat an lacat glas

Ernault avait pensé à an ru (la rouge sa joue) ce qui eût été satisfaisant et constitué une heureuse variante et plus naturelle que guen. Mais il n’y a aucun doute à avoir sur la lecture an vu ; tout au plus pourrait-on lire b au lieu de v, ce qui ne nous avancerait pas. An vu remet tout en question, si on suppose que vu soit l’équivalent de guen. J’avais pensé au moyen breton gueen, guen, mais le mot ne signifie que faux visage, masque. Une autre hypothèse, c’est que, an vu peut être indépendant dans l’esprit de scribe ; ce serait une variante d’idée et non de mot. Dans ce cas, à cause de l’article, heguen ne pourrait se traduire par sa joue ; Ernault a pensé à ho-gen, charmant (gall. hy-gain)(4). Guen pourrait signifier sourire. Je me hasarde à voir dans heguen, le gallois hy-wen, au sourire facile, souriant (vieux-breton Ho-wen (Chrestomathie) et je traduis : « La vue souriante m’a réjoui, l’aimable, celle à l’œil bleu ».

Si on admet l’équivalence de vu et guen, guen ne peut avoir un autre sens que vue, aspect. Peut-être y avait-il guel (an guel, la vue). Pour ajouter une rime de plus, le scribe aura écrit guen, s’autorisant peut-être de formes comme guenedell, fiançailles, entrevue de fiançailles, pour gueledell.

Une hypothèse d’Ernault pour an vu serait séduisante. Il suppose que an vu serait le commencement de vuen, mutation régulière de an guen. Etant donné que le scribe fait d’autres mutations, ce serait possible ; mais il est alors étrange qu’il ait écrit deux fois de suite an guen ; la place ne lui manquait pas comme pour la fin du passage au laclas ; il voulait là finir avec la ligne. De plus, il n’y a pas de point marquant une abréviation. An vu, est usité en comique, dans le sens français et anglais du mot (J. Loth, Remarques et corrections au Lexicon de Williams). Une autre hypothèse me vient à l’esprit en relisant ces lignes : c’est qu’il faut lire uv et non vu. uv serait l’équivalent du gaélique aoibh, gai, beau, anciennement brillant : cf. irl. mod. aoibheal, feu (cf. v. irl. oiblel) ; cf. gall. ufel. Je traduirais : an uv he guen, celle dont la joue est brillante… Uv a un tort et un avantage : c’est qu’on ne le trouve pas ailleurs en breton.

Mous Orven in hoguen

    « Les ordures d’Orven en tas ».

Ordures n’est peut-être pas très exact, mais je ne me hasarderai pas à fouiller dans les intentions évidemment pornographiques ou tout au moins scatologiques du scribe. Orven (dialectalement et anciennement Orwen) est un nom propre de femme connu : en 1068-1085, 1271 Orguen ; en 1260, Orven (J.Loth, Chrestomathie, p. 223). Pour les sens de mous, cf. Ernault, Gloss. moy.-bret. Comme en breton le mot mws a, aussi, en gallois, le sens de puanteur, puant, et a été traduit par effluvia.

Ivonet Omnes so map mat ha quar 
Panesen ha suruguen hambezou da meren, etc.

    « Ivonet Omnès est un fils bon et aimant ; 
    « Un panais et un pain cuit sous la cendre, j’aurai pour dîner (repas de midi). »

Ernault propose gvar, doux, bon, mais le q est très net. Cependant quar n’est pas très satisfaisant dans le sens de aimant. De plus le scribe emploie ailleurs k et c. Aurait-il existé une prononciation quar après hac ? Il est probable que le scribe parle de lui-même à la 3ème personne. Suruguen est intéressant. La forme ordinaire est suluguenn, qu’Ernault à la suite de Grégoire de Rostrenen rattache à sulia (vannetais suyein), avec l mouillé, flamber, noircir par la fumée, dans son Glossaire moy.-bret. Comme on prononce sulugen, l mouillé présentait une première difficulté. Il est clair aussi que sulugen a été fait sur un mot suluc. La forme suruguen enlève tout doute. Il me paraît évident que surugen est tiré de surug pour sarug, identique au gallois sarug, crabbed, rough, sour, au propre et au figuré.

mar ham guorant va Karantic 
da vout in nos o he costic 
vam garet. nep pret, etc., va.

    « si mon cher amour me garantit que je serai la nuit à son côté, mère chérie ».

    mot-à-mot : si mon petit amour me garantit d’être la nuit à son petit côté… ».

    guorant se retrouve en moyen-breton avec un sens voisin, sous la forme goarant, et gorant (cf. Ernault, Dict. étym. à goarant) .

Ce qui est vraiment quelque peu surprenant, c’est l’addition directe du suffixe -ic à karant, et surtout à cost-. C’est un néologisme hardi du scribe. Car même aujourd’hui, là où on prononce carante, et coste, on construit ou construirait : caranteic, costeic. De plus, on ne peut guère lire que -it : il m’a semblé que les rares c de la fin des mots, quoique les lettres soient assez semblables, différaient assez du t pour être distinguées. Néanmoins, la probabilité est, dans l’ensemble, pour -ic. Il n’y aurait, en effet, si on le rejetait, d’autre moyen de sortir d’embarras que de supposer : 1° que le scribe copiait un texte écrit plus ancien, portant karanted (d spirant) et costed (id.) ; 2° qu’il a lu i au lieu de e. O he est pour oh ou oc’h he : forme intéressante, indiquant une prononciation plus ancienne qu’on ne le croyait (cf. Ernault, Dict. Etym., p. 454). La terminaison en -ou de bezou ; ou est vraisemblablement dialectale. Actuellement, nous ne l’avons qu’en Goello et en haut-vannetais. De même pour in, dans (ailleurs, en). Je serais porté à croire que l’auteur est du Goello, mais qu’il a des notions de léonard littéraire.

Il est regrettable que le scribe n’ait pas donné plus librement carrière à son imagination et à sa plume. Tels quels, ces fragments sont intéressants, particulièrement au point de vue de l’histoire des mutations syntactiques. La lexicographie en profite également dans une certaine mesure. M. Antoine Thomas a droit, pour son heureuse trouvaille, à la gratitude de tous les celtistes : c’est bien sur le texte suivi le plus ancien qu’il a mis la main. Il y a bien une phrase de XIIème siècle (iehel altro Hilar), mais elle a trois mots. Une délimitation de terrain dans le cartulaire de Redon, dans une charte de 821 (Cart. Redon, p. 112 ; cf. Chrest.) pourrait entrer en concurrence avec nos fragments et les distancer de beaucoup ; elle compte trois lignes de breton (per lannnam, excepté) ; mais la délimitation est inachevée et tronquée : on n’y trouve pas un seul verbe.

    J. Loth
 

ENCORE DU BRETON D’IVONET OMNES

1. En feuilletant le ms. latin 14354 de la Bibl. Nat,, j’ai eu l’agréable surprise d’y trouver, f° 104 r°, col. 1, une nouvelle ligne bretonne, singulièrement placée entre le titre du chap. XIV du livre 8 : « xiu. desermone domini in monte. » et le commencement de ce chapitre : « Elevatis uero iesus oculis docebat eos dicens ». Elle a été mise là pour terminer la colonne, où la symétrie ne permettait pas d’insérer une grande initiale majuscule.

Voici ce texte :

me ameus vn amoric ioliuic indan andel mé

Le second e ressemble à un o. Le trait oblique sur la dernière lettre indique-t-il une abréviation ? J’y verrais plutôt un moyen de marquer l’individualité du petit mot e, comme on faisait pour o en latin, et pour a, é dans le breton du Mirouer (cf. Les nouveaux signes orthogr., 6, 7) ; cela reviendrait à l’emploi de l’apostrophe pour distinguer me je, de m’e, je le, je la (écrit me e, en 1 syll., Ste Barbe 381).

2. Le sens est : « J’ai une petite amie gentillette, sous les feuilles… » On peut supposer ensuite quelque chose comme m’e karas « je l’aimai » (j’écris ainsi d’après va karantit, où k semble un compromis entre le c radical et l’h plus phonétique).

Cette interpolation profane ne dément point l’impression laissée par d’autres fantaisies bretonnes du scribe : ses distractions sensuelles ne se bornent pas à l’idée d’étancher sa soif, préoccupation si commune chez ses confrères (cf. H. Martin, Mélanges offerts à M. Emile Châtelain, 544).

3. Amoric, forme nouvelle, est le diminutif de amour « g. amye, l. amica », Catholicon ; cf va karantit « mon amour » = « mon amante, ma maîtresse », moderne karantez (Léon), ailleurs karante, m. et f. amant, amante, voir Le Gonidec, Troude, mon Glossaire moyen-breton, 2" éd., 96, Mélusine, VI, 165, etc. Dans les traductions du Cantique des Cantiques que le prince L. L. Bonaparte a publiées sous le titre de Celtic Hexapla, Ch. Terrien a rendu « amica mea », IV, 1 et 7 ; VI, 4 (3), en léonais va garantez, et en vannetais me haranté ; V, 2, va minounez et me haranté ; « charissima », VII, 6, o karantez et me haranté. De même en gascon amoureto « douce amie », Mistral, français « Si congié prens de mes belles amours », Chansons du XVème siècle publiées par G. Paris, p. 53, etc.

4. Ioliuic est unique aussi ; on lit le simple ioliff dans le Cathol. seulement, et ailleurs comme nom propre (Gloss. 343), autrement c’est iolis, jolis, etc., même dans iolisdet, joliveté (sur le rapport des deux formes, voir Traité de la formation de la langue française, § 62, dans le Dictionnaire général Hatzfeld-Darmesteter-Thomas). Cependant, en bret. moderne, le P. Grégoire donne jolisded et joliffded enjolivement ; galanterie, amour, amourette; joliffaër pl. -aéryen, enjoliveur ; renta joliff, enjoliver ; pautr joliff, galant. Le franc, disait jolivet, resté comme nom propre.

5. Indan, sous, est une variante de endan, cf. in nos dans la nuit et Revue Celtique XX, 394 ; Gloss., 211. Pour l’idée, on peut comparer, entre autres, Mélusine, VI, 165-167.

6. Il est possible que la fin de la phrase ait été m’e kauas « je la trouvai » ; cf. Chansons du XVème s., 144 :

Dessoubz ung genectay fleury 
Je trouvay une gaie bergère.

7. Ce fragment semble la réminiscence d’une chansonnette. Il contient un vers de sept syllabes et un de trois, liés par la rime finale et aussi par une assonance :

Me ameus vn amoric
  Ioliuic

Les vers de sept syllabes, rares en moy. breton, y sont plus d’une fois joints à d’autres plus courts, cf. Rev. Celt.. XVI, 173-176. Il en est de même en français ; en voici deux exemples, qui font également rimer des diminutifs :

Le chantre Rossignolet 
  Nouuelet,
Courtisant sa bien-aimée 
Pour ses amours alléger 
  Vient loger 
Tous les ans en ta ramée.

    (Ronsard, Odes, IV, 22)

Elle est gente et godinette
Marionnette,
Plus que n’est femme pour vray,
  Hauvay !
Plus que n’est femme pour vray.

    (première des Chansons dit XVème s.).

8. Il ne manque pas d’anciens refrains où riment les correspondants mêmes de amoric ioliuic, comme :

Duez, j’aim par amorette,
et si en ai bone oquison ;
s’an suis joliete,
  se suis mon !

9. D’après tout cela, on pourrait reconstituer ainsi (avec rimes finales, rimes intérieures et assonances, en suivant le second rythme donné § 7, d’une chanson qui se rattache au cycle rustique de Robin et Marion), le petit couplet que devait fredonner le copiste breton, et dont la fin est restée au bout de sa plume :

Me ameus vn amoric
  Ioli-uic
Indan an del m’e guel-as,
A-llas !
Indan an del m’e guel-as.

    « J’ai une amiette joliette; sous les feuilles je la vis, ha ! sous les feuilles je la vis. »

– Sous toutes réserves !

    E. Ernault.