Hymne au dragon couché

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Georges Crès et Cie, 1922
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Le Dragon couché : le ciel vide, la terre lourde,
        les nuées troubles ; soleil et lune étouffant
        leur lumière : le peuple porte le sceau d’un
        hiver qu’on n’explique pas.

Le Dragon bouge : le brouillard aussitôt crève
        et le jour croît. Une rosée nourrissante
        remplit la faim. On s’extasie comme à
        l’orée d’un printemps inespérable.

Le Dragon s’ébroue et prend son vol : à Lui
        l’horizon rouge, sa bannière ; le vent en
        avant-garde et la pluie drue pour escor-
        te. Riez d’espoir sous la crépitation de
        son fouet lancinant : l’éclair.

                                O

Hé ! las ! hé, Dragon couché ! Enspiralé !
        Héros paresseux qui sommeille en l’un
        de nous, inconnu, engourdi, irrévélé,

Voici des figues, voici du vin tiède, voici du
        sang : mange et bois et flaire : nos man-
        ches agitées t’appellent à grands coups
        d’ailes.

Lève-toi, révèle-toi, c’est le temps. D’un seul
        bond saute hors de nous ; et pour affirmer
        ton éclat,

Cingle-nous du serpent de ta queue, fais-nous
        malades au clin de tes petits yeux, mais
        brille hors de nous, — oh ! brille !