Établissement de la religion chrétienne dans l’Armorique

Genre
Divers
Langue
Français
Source
Paris, chez la veuve François Muguet, 1707
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

[an de J.-C. 251]

Aussi fut-ce de Tours (comme il y a bien de l’apparence) que furent envoyés dans l’Armorique les premiers prédicateurs de la foi de Jésus-Christ. Ceux de Nantes prétendaient autrefois avoir eu de la main du premier des Apôtres leurs premiers évêques Ennius et Saint Clair ; ceux de Rennes voulaient que Saint Philippe et Saint Luc leur eussent envoyé leurs premiers pasteurs Syncrone et Maximin. Saint Jacques le Majeur et Joseph d’Arimathie ont prêché dans l’Armorique, si l’on en veut croire quelques écrits fabuleux et supposés. Mais Grégoire de Tours est plus croyable que tout autre sur ce sujet ; il reconnaît que ce ne fut que sous le consulat de Decius et de Gratus que le premier évêque de Tours vint dans les Gaules, avec les premiers évêques de plusieurs autres églises.    [Flav. Dexter. Isidor. Julian. Tolet. Turpin.] 

Saint Clair, envoyé (selon toutes les apparences) par Saint Gatien premier évêque de Tours, parcourut les pays de Nantes, de Rennes et de Vannes, annonçant partout les heureuses nouvelles de la rédemption des hommes. Il mourut en paix ; ce qui fait juger qu’il a vécu sous Postume, ou sous Victorin. On montre le tombeau de cet homme apostolique à Reguini, paroisse du diocèse de Vannes. La ville de Nantes, qui fut le siège de ses successeurs, fut honorée du martyre des deux frères Donatien et Rogatien.

Ils étaient d’une illustre famille. Donatien, le plus jeune, fut le premier à quitter les ténèbres de l’erreur. La sainteté de sa vie répondit à la sainteté de la doctrine qu’il avait embrassée, et son exemple, autant que ses discours, convertit à la foi beaucoup d’idolâtres. Il eut la consolation de gagner son frère à J.-C., et Rogatien, pour être venu le dernier, ne montra pas moins de constance et de fermeté que lui. La fuite du pasteur fut cause que Rogatien ne put recevoir l’eau du baptême ; mais il fut baptisé plus glorieusement dans son sang. On coupa la tête aux deux frères pour la confession du nom de J.-C. sous l’empire de Dioclétien : l’on ne sait en quelle année. Il y a quelque apparence que ce fut plutôt pendant le séjour de Maximien dans les Gaules et sous le président Rictiovare, que durant la grande persécution, si Lactance ne nous a point trompés, quand il écrit qu’elle ne s’étendit point dans cette partie de l’empire.    [D. mort persec. c.  15 & 16]