XX

Genre
Divers
Langue
Français
Source
Paris, Eugène Renduel, 1834
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Ne vous laissez pas tromper par de vaines paroles. Plusieurs chercheront à vous persuader que vous êtes vraiment libres, parce qu’ils auront écrit sur une feuille de papier le mot de liberté, et l’auront affiché à tous les carrefours.

La liberté n’est pas un placard qu’on lit au coin de la rue. Elle est une puissance vivante qu’on sent en soi et autour de soi, le génie protecteur du foyer domestique, la garantie des droits sociaux, et le premier de ces droits.

L’oppresseur qui se couvre de son nom est le pire des oppresseurs. Il joint le mensonge à la tyrannie, et à l’injustice la profanation ; car le nom de la liberté est saint,

Gardez-vous donc de ceux qui disent : liberté, liberté, et qui la détruisent par leurs œuvres.

Est-ce vous qui choisissez ceux qui vous gouvernent, qui vous commandent de faire ceci et de ne pas faire cela, qui imposent vos biens, votre industrie, votre travail ? Et si ce n’est pas vous, comment êtes-vous libres ?

Pouvez-vous disposer de vos enfants comme vous l’entendez, confier à qui vous plaît le soin de les instruire et de former leurs mœurs ? Et si vous ne le pouvez pas, comment êtes-vous libres ?

Les oiseaux du ciel et les insectes même s’assemblent pour faire en commun ce qu’aucun ne pourrait faire seul. Pouvez-vous vous assembler pour traiter ensemble de vos intérêts, pour défendre vos droits, pour obtenir quelque soulagement à vos maux ? Et si vous ne le pouvez pas, comment êtes-vous libres ?

Pouvez-vous aller d’un lieu à l’autre si on ne vous le permet, user des fruits de la terre et des productions de votre travail, tremper votre doigt dans l’eau de la mer et en laisser tomber une goutte dans le pauvre vase de terre où cuisent vos aliments, sans vous exposer à payer l’amende et à être traînés en prison ? Et si vous ne le pouvez pas, comment êtes-vous libres ?

Pouvez-vous, en vous couchant le soir, vous répondre qu’on ne viendra point, durant votre sommeil, fouiller les lieux les plus secrets de votre maison, vous arracher du sein de votre famille et vous jeter au fond d’un cachot, parce que le pouvoir, dans sa peur, se sera défié de vous ? Et si vous ne le pouvez pas, comment êtes-vous libres ?

La liberté luira sur vous, quand, à force de courage et de persévérance, vous vous serez affranchis de toutes ces servitudes.

La liberté luira sur vous, quand vous aurez dit au fond de votre âme : Nous voulons être libres ; quand, pour le devenir, vous serez prêts à sacrifier tout et à tout souffrir.

La liberté luira sur vous, lorsqu’au pied de la croix sur laquelle le Christ mourut pour vous vous aurez juré de mourir les uns pour les autres.