Et qu’ainsi veut, de quoi fait-il à plaindre

Genre
Poésie
Langue
Moyen-Français
Source
Nantes, Etienne Larcher, 1493
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Faisons à Dieu de nos cœurs donaison*    [cf. breton donezon
Et le servons en dévote oraison,
Car il* est doux à qui* vers lui revient    [Dieu | celui qui] 
Combien que* trop en plaisirs or aisons*    [combien que : bien que | mettons à l’aise] 
Nos méchants corps, qui* est grand’ déraison.    [ce qui] 
Au jugement un jour passer convient (:)
Si de péchés ta conscience assommes*,     [évalues] 
Tu ne vaudras pas deux pourries* pommes,    [trois pieds : pourriës] 
Mais seras mis en un feu sans éteindre.
Qui quiert* d’enfer le tempêteux orage    [celui qui cherche] 
Par son défaut, si là son âme engage
Et qu’ainsi veut, de quoi fait-il à plaindre (?)

Nous sommes faits pour user de raison
En tous endroits et chacune saison,
Et connaître celui dont elle* vient,    [la raison] 
Car s’autrement* l’entendons ou faisons    [si autrement] 
On peut de nous faire comparaison
Aux gras pourceaux à qui point ne souvient*.    [qui ne s’en souviennent pas] 
Celui porte de blâme grièves* sommes    [triste, fâcheuse] 
Et ne faut pas que sage tu le nommes
Qui fait noises* sans rien douter* ne craindre.    [cf. chercher noise | redouter] 
S’aucuns* lui font ennui*, honte et outrage    [si aucuns | ennui a le sens de dommage] 
Puisqu’il s’est mis en ce douteux passage
Et qu’ainsi veut, de quoi fait-il à plaindre (?)

Qui met le feu en sa propre maison
Ou pour boire prend venin et poison
De son bon gré certes bien fol devient,
Disons le vrai ou du tout nous taisons.
N’est-ce à bon droit et à juste achaison*    [ou achoison, c’est-à-dire cause, motif] 
Si Dieu souffre que mal lui en advient
Et que jamais n’ait bon repos ni sommes* ?    [sommeil, cf. faire un somme] 
Vraiement* si est, mais tous quand que nous sommes    [3 pieds : vraiëment] 
Aucunes fois le faisons sans nous feindre*.    [sans hésiter] 
Le sot doncques qui s’est fait tel breuvage
Quand il boit ou brûle son ménage
Et qu’ainsi veut, de quoi fait-il à plaindre (?)

    Georges

Prince aimant mieux argent et grosses sommes
Que le franc cœur ni l’amour de ses hommes,
Dont nulle rien n’est plus cher en la teindre*,    [changer de couleur] 
S’il perd et peuple et terre et baronnage
Quant lui propre est la cause du dommage,
Et qu’ainsi veut, de quoi fait-il à plaindre (?)