Gens sans argent ressemblent corps sans âme

Genre
Poésie
Langue
Moyen-Français
Source
Nantes, Etienne Larcher, 1493
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Fi* d’être fils de prince ou de baron,    [pour Ai ?] 
Ni d’être clerc, ni d’avoir bonnes mœurs,
Un renoyeur*, un baveux, un larron,    [renégat] 
Un rapporteur ou bien grand blasphémeur
Plus sont prisés* aujourd’hui, dont je meurs,    [estimés] 
Voyant ainsi les états contrefaits.
Qui a de quoi est en dits et en faits
Sage nommé et sans aucun diffame*,    [mauvais bruit] 
Mais les pauvres vertueux et parfaits
Gens sans argent ressemblent corps sans âme.

Depuis le temps que Moïse et Aaron
Firent à Dieu prières et clameurs
Pour évader l’ire du roi pharaon
Et de ses gens de leur peuple opprimeurs,
Ne furent moins les princes réprimeurs
Des grands vices régnants et des méfaits.
Tels qui se font ne furent jamais faits,
Raison pourquoi on n’aime honneur ni fame*.    [renommée] 
Qui a le bruit, les riches et refaits*,    [?] 
Gens sans argent ressemblent corps sans âme.

Or conviendra qu’à la fin réparons
Les grands excès dont emplissons nos cœurs,
D’autant que brin vaut mieux que réparon*    [sorte de toile grossière] 
Et le bon fruit que les feuilles ou fleurs
Valent vertus plus que les vains honneurs,
Trésors mondains qui sont bien imparfaits.
Les princes donc dussent* haïr torfaits*,    [auraient dû | crimes] 
Aimer bonté, donner aux mauvais blâme,
Mais tout ainsi qu’on bannit les infects,
Gens sans argent ressemblent corps sans âme.

Prince, se met à porter pesant faix
Et désire être plus que jamais
Avec les bons qui gisent sous la lame,
Puisque aujourd’hui entre bons et mauvais,
Gens sans argent ressemblent corps sans âme.