Bénin de coeur, amiable en regard

Genre
Poésie
Langue
Moyen-Français
Source
Nantes, Etienne Larcher, 1493
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Le prince est bon qui au besoin secoure*.    [secueure] 
Son serviteur celui vient de noblesse,
Mais c’est grand sens connaître temps et heure
Devant que faire aucun don ou promesse.
Son parler doit être aussi vrai que messe
Et tantôt mis à exécution,
Etre très prompt en rétribution,
Mauvais punir, aux bons avoir égard,
Tout moyenner* et par déduction    [transiger, modérer] 
Bénin de cœur, amiable* en regard.    [aimable] 

Il n’est pas bon que les simples faveure*    [favorise] 
En leur donnant de lui trop grand’ promesse.
Souventes fois maints prise* en demeure,    [prisë, pas d’élision] 
Et vont disant aucun que c’est simplesse,
Mais des sages faut qu’il aime l’adresse*    [le chemin] 
En désirant leur attribution.
A les payer doit contribution,
Et leur donner de ses biens bonne part,
Puis au surplus soit sans corruption
Bénin de cœur, amiable* en regard.    [aimable] 

C’est bien raison qu’on le craigne et honore*,    [honneure] 
Car sur les bas Dieu lui donna hautesse,
Mais il n’eut pas celui don qu’il ne meure
Ainsi que ceux venus de petitesse,
Dont doit il bien conduire par sagesse
Trestout ses faits sans dissolution,
Connaître Dieu en persécution*,    [en danger] 
De renoyer* et blasphémer se gard*    [apostasier, cf. rénégat | se garde] 
Se tienne après et pour solution*    [paiement, pardon] 
Bénin de cœur, amiable* en regard.    [aimable] 

Prince, faites de maux destruction,
De bon conseil croyez l’instruction,
Montrez-vous fier aux fiers comme un léopard,
Et au peuple soyez sans fiction,
Bénin de cœur, amiable* en regard.    [aimable]