On dit très bien, mais on fait le contraire

Genre
Poésie
Langue
Moyen-Français
Source
Nantes, Etienne Larcher, 1493
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

    On dit que Dieu de bref* nous punira,    [bientôt] 
On fait très peu de lui plaire devoir,
    On dit que paix d’avec nous s’en ira,
On fait pourquoi guerre doit émouvoir*,    [s’émouvoir] 
    On dit qu’il faut amasser grand avoir,
On fait dépris* des biens qui sont pour l’âme,    [mépris, cf. breton dispriz
    On dit souvent à plusieurs « je vous aime* »,    [ame]
On fait ceci pour à soi les attraire*,    [attirer] 
    On dit aussi qu’un menteur se diffame,
On dit très bien, mais on fait le contraire.

    On dit des mots dont on se dédira,
On fait des cas* qu’on dût apercevoir,    [accident] 
    On dit qu’orgueil moult de* gens honnira,    [beaucoup de] 
On fait mises qu’on ne peut pas ravoir,
    On dit qu’on peut beaux vêtements avoir,
On fait maint gât* qui amoindrit la fame*,    [dégât | réputation] 
    On dit souvent plutôt que bien le blâme,
On fait pire que je ne puis extraire,
    On dit que mort nous mettra sous la lame,
On dit très bien, mais on fait le contraire.

    On dit des biens d’aucun qui médira,
On fait très mal, ce n’est pas dire voir,
    On dit partout que fous on bannira,
On fait qu’ils ont lieu de gens de savoir,
    On dit qu’on veut à tous excès pourvoir,
On fait raison clocher* la bonne dame,    [faire sonner ?] 
    On dit que droit se cueure* à qui le clame,    [?] 
On fait la loi d’appétit volontaire,
    On dit qu’on doit douter* d’enfer la flamme,    [redouter] 
On dit très bien, mais on fait le contraire.

    L’envoi

    On fait excès par boire mainte drachme*,    [potion, mesure d’herboristerie] 
On dit après* mots de la haute gamme,
    On faut les maux sans s’en vouloir retraire,
On dit assez qu’un larron est infâme,
    On dit très bien, mais on fait le contraire.