Qui vaille honneur et véritable bouche

Genre
Poésie
Langue
Moyen-Français
Source
Nantes, Etienne Larcher, 1493
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Vieillesse ou mort font la fin de jeunesse,
Prends réconfort, toi qui vieillard te sens,
Considère quel profit au jeune est-ce
Vivre en plaisir conduit par petit sens.
Si maintenant tu es de chaleur sens,
Frileux, ridé, pâle, gris ou chenu,
Ne te chaille* mais que soies* venu    [importe | soyes] 
A tel état net de crime et reproche.
Il n’est trésor, grand, moyen ou menu,
Qui vaille honneur et véritable bouche*.    [parole] 

De jeunesse as été mené en laisse,
Qui* conseille ta folie ès cinq sens.    [la jeunesse] 
La cuides-tu* retenir, el* te laisse,    [penses-tu | elle] 
As-tu été en ton haut, or* descends.    [maintenant] 
C’est malgré toi qu’à cestui* cas t’assens*,    [te décides] 
Et toutefois es-tu pour vieil connu.
Pauvrement vins et t’en iras tout nu,
Tu fuis a mrt elle de toi s’approche.
Fais que ce bien soit en toi retenu
Qui vaille honneur et véritable bouche*.    [parole] 

Tes yeux ou seing porteras par détresse*,    [angoisse, contrainte] 
Tes pieds ou poing et à ce te consens*.    [tu t’accordes] 
Sans lunettes n’as de lumière adresse*,    [guide] 
Et sans bâton tous biens te sont absents.
A bon couteau te convient faire assens*    [passage] 
Qui pour tes dents soit principal tenu.
Or es-tu donc bien de près détenu
Sans y penser je te pri* ne te couche,    [prie] 
Et tu verras que rien n’a soutenu
Qui vaille honneur et véritable bouche*.    [parole] 

Prince, honneur est s’être à Dieu maintenu,
A loyauté avoir la main tenu.*
Ainsi l’entends autrement je n’y touche,
Car rien n’ai vu à homme sourvenu*    [circonvenu] 
Qui vaille honneur et véritable bouche*.    [parole]