Ni que le ciel lui prête ombre ni voie

Genre
Poésie
Langue
Moyen-Français
Source
Nantes, Etienne Larcher, 1493
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Pour faire fin* il nous faut réformer*    [pour finir | il faut nous réf.] 
Et nos vouloirs tous à Dieu conformer.
Si nous voulons à sa gloire venir,
Assez savons sans plus en informer
Qu’il n’entendit oncques* tels nous former    [jamais] 
Pour ne vouloir l’avoir en souvenir.
Nos âmes sont faites à sa figure,
Non pas ainsi qu’on fait une peinture,
Mais de l’effet qui les guide et convie.
Qui ne le sert je suis ébahi comme
Le firmament ne l’occit* et assomme,    [tue] 
Ni que le ciel lui prête ombre ni voie.

Bien ne nous dût* être au cœur si amer    [il n’aurait pas du] 
Comme faillir à chèrement aimer*,    [manquer de l’aimer chèrement] 
Celui* haut bien où devons parvenir,    [ce haut bien] 
Car nous laisser par péchés diffamer,
C’est ce qui fait nos âmes difformer*     [cesser d’avoir la forme du] 
Du créateur et orde* devenir.    [sale, cf. ordure] 
Pourvoyons donc tant comme le temps dure
Pour évader* celle peine âpre et dure,    [faire échapper] 
De quoi parler si bien à droit savoie*,    [que je sache] 
L’ouïr serait une dolente* somme*.    [douloureuse | fin] 
Qui ce ne craint ne dessert nul bon somme,
Ni que le ciel lui prête ombre ni voie.

Combien doit-on un grand prince blâmer
Quand il se fait partout cruel nommer,
Et sans vouloir à bonté revenir,
Qui possède de biens toute une mer
Dont son peuple est souvent presqu’à pâmer
Par pauvreté, et le dût* maintenir    [aurait du le] 
En sûre paix sans lui faire blessure.
C’est grand’ pitié par ma foi je vous jure
Qu’un tel seigneur, soit d’Écosse ou Savoie,
Ait autant d’or qu’est grand le Puy de Dôme,
Il ne vaut pas qu’on le prise une pomme,
Ni que le ciel lui prête ombre ni voie.

Prince qui veut droit ci mette sa cure*,    [mettre ici son soin] 
Et retenir toute cette écriture.
Ne peut faillir que réduit ne se voie
Ou il sera homme inhumain, non homme,
Qui digne n’est que chrétien se nomme,
Ni que le ciel lui prête ombre ni voie.