Et de salut désire à être quitte

Genre
Poésie
Langue
Moyen-Français
Source
Nantes, Etienne Larcher, 1493
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Si le seigneur se trouve magnanime
Et n’est souillé,
Bien sont heureux tous ceux qui sous lui vivent,
Car il les tient en honnête régime.
Chacun le craint et de lui bien estime,
Contre son veuil* nulle saison n’estrivent*,    [volonté | chercher querelle] 
C’est une paix, une union courtoise,
C’est un repos qui les maintient en aise,
C’est le pays ou l’amour Dieu* habite.    [l’amour de Dieu] 
Mais cil* qui fait au peuple chose griève*    [celui | dommageable] 
Dessert* que Dieu lui donne vie brève,    [mérite] 
Et de salut désire à être quitte*.    [et ne désire pas le salut] 

Certes, le grand qui les petits opprime
Son âme perd et son honneur périme,
Et mentent ceux qui de lui bien écrivent.
Ceci lui vient de cœur pusillanime.
Sénèque aussi le nous dit et exprime,
Lequel tous bons approuvent et ensuivent,
Qui en tels faits se déduit et dégoise* :    [raconter] 
Force sera qu’à très mâle fin voise*,    [aille] 
Car Dieu rendra à chacun son mérite.
Il aime mieux guerre que paix ou trêve,
Pour ce voit-on que tous maux sourd et lève,
Et de salut désire à être quitte*.    [et ne désire pas le salut] 

Non n’en pourrait bien dire en prose ou rime,
Car les vouloirs des pauvres gens anime*    [incite] 
À le haïr, et tant qu’ils peuvent l’esquivent.
Ils sont le fer, et lui la dure lime
Qui chacun jour les use, brise et lime.
Trop leur tarde qu’à la mort bref n’arrivent,
Et désirent de la terre une toise*    [faible mesure de superficie]
Pour lui quitter* le surplus* : or se taise    [laisser] 
Qui veut parler si vérité n’est dite.
À celle fin que mon propos achève :
N’est sot le choît* quand il ne se relève,    [le chu, c’est-à-dire celui qui est tombé]
Et de salut désire à être quitte*.    [et ne désire pas le salut] 

    Georges

Prince qui mal ne redoute, ne poise*,    [ne pèse pas]
Mais même quiert* sédition et noise,    [cherche] 
Et en ce faire il se baigne et délite,
Cil montre au doigt que longue paix lui griève*,    [lui cause du dommage] 
Que d’autrui bien il se tourmente et crève,
Et de salut désire à être quitte*.    [et ne désire pas le salut]