Tout nu d’honneur et de béatitude

Genre
Poésie
Langue
Moyen-Français
Source
Nantes, Etienne Larcher, 1493
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

Si tes péchés nous ne refusions,
Pour lesquels Dieu fit toute effusion
De son saint sang qui tel valeur contient,
Nous perdrions la sainte infusion
De Sa grâce, par quoi division
Guerroirait ce qui en paix nous maintient.
Penses-tu donc l’avoir doux ni propice,
Homme sans foi, sans loi et sans police,
De vices plein en très grand’ multitude,
Vie menant aussi comme inhumaine,
Farci d’orgueil, rempli de gloire vaine,
Tout nu d’honneur et de béatitude* ?    [le roi de France, Louis XI] 

Ne le croi* pas, car si nous musions*    [Je ne le crois pas | nous perdions notre temps] 
En tel espoir et nos jours usions,
Celui seigneur qui le monde soutient
Dépriserait* trop plus qu’illusion,    [mépriserait] 
Rêverie, songe ou avision*    [vision]
Tout notre sens, lequel s’il n’entretient*,    [s’il ne l’entretient]
Toi qui te sens en dignité d’office,
Pape, empereur, roi, duc, ton édifice
Trébuchera par tempête très rude,
Qui te fera perdre vie et domaine.
Celui est fol qui pompeux se démène
Tout nu d’honneur et de béatitude.

L’état des bons est la confusion
Aux vicieux qui par abusion
Prennent l’honneur qui ne leur appartient.
Il connaîtront en la conclusion
Leur fait petit par claire vision.
Ceux sont heureux que Dieu de sa part tient
Qui fait les maux sous couleur de justice.
Innocent saint tout fourré de malice
Se verra choir* en bien grand’ servitude,    [tomber] 
A peine aura bon an mois ni semaine,
Et si sera en conduite incertaine,
Tout nu d’honneur et de béatitude.

    Georges

Prince inconstant souillé de divers vices,
Méconnaissant loyal passé service,
Noté d’oubli, repris d’ingratitude,
Force est qu’il perde amour et grâce humaine,
Et que fortune a pauvre fin le mène,
Tout nu d’honneur et de béatitude.