O vous qui yeux avez sains et oreilles,
Voyez, oyez, entendez* les merveilles,    [comprenez] 
Considérez le temps qui présent court.
Les loups sont mis gouverneurs des ouailles*,    [oueilles] 
Fut-il jamais nenni choses pareilles.
Plus ne voit-on que trahisons* à la court.    [traïson, 2 pieds] 
Je croi* que Dieu paîra de bref* ses dettes,    [bientôt] 
Et que l’aise qu’avons sur molles couettes
Se tournera en pauvrettes contraintes*,    [répression] 
Puisque le chef qui dût* garder droiture    [eût du] 
Fait aux pauvres souffrir angoisse dure
Et contre lui former larmes et plaintes.

Les bêtes sont aux corbins* et corneilles    [corbeaux] 
Mortes de faim, dont peines non pareilles
Ont pauvres gens, qui ne l’entend est sourd.
Las, ils n’ont plus en pipes ni bouteilles,
Cidre ni vin pour boire sous leurs treilles,
Et bref* je voi* que tout méchef leur sourd.
Les bons, sages et anciens poètes
N’enseignent pas à faire tels mouettes*     [grimaces] 
Comme à présent se font, ni telles saintes.
C’est un abus qui trop longuement dure,
Qui cause en est fait envers Dieu injure*     [injustice]
Et contre lui former larmes et plaintes.

Seigneur puissant, saison n’est que sommeilles,
Car tes sujets prient que tu t’éveilles,
Ou autrement leur temps de vivre est court.
Que feront-ils si tu ne les conseilles.
Or n’ont-ils plus blés, avoines ni seignes,
De toutes parts misère leur accourt,
A grand’ peine demeurent les houettes
Habillement* des charrues et brouettes    [équipement] 
Qu’ils ne perdent et autres choses maintes*.    [nombreuses] 
Par le pillard qui tels maux leur procure,
Auquel il faut de tout faire ouverture*    [permission] 
Et contre lui former larmes et plaintes.

    Georges

Prince qui sourd nouvelettes étroites
Et rétrécit les amples voies et droites,
Celles que honneur doit maintenir non fraintes.    [brisées] 
Celui émeut cœurs d’hommes en murmure,
Les fait tourner à haine et à froidure
Et contre lui former larmes et plaintes.