À l’ange de la terre

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Barzhoniezh
Yezh
Galleg
Orin
Karaez, Imprimerie du peuple, 1909
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Sébastien Marineau
En hevelep levr :

Enfant dont les yeux bleus reflètent le ciel pur
          Où scintille l’étoile,
Tu peux lever le front sous l’infini d’azur,
          Ton regard est sans voile.

Mais il n’est plus de même, hélas ! pour le pervers,
          Car le remords le ronge ;
À ses yeux la splendeur de ce vaste univers
          N’est désormais qu’un songe.

Enfant, tu peux chanter un hymne au Créateur
          De ta voix argentine ;
Rien encore d’impur n’a pu souiller ton coeur
          Et ton âme enfantine.

Mais l’impie n’ose plus faire entendre sa voix
          Qui lança le blasphème ;
Il frissonne en pensant qu’il a perdu ses droits
          Près de l’Être suprême.

Enfant, dans l’urne d’or de ton ange gardien
          Dépose ta prière ;
Au palais du Très-Haut on ne refuse rien
          A l’ange de la terre.

Mais l’ignoble Judas ne trouve nul appui
          Dans les jours de détresse ;
En vain implore-t-il quand s’arme contre lui
          Une main vengeresse.

Enfant, tu peux mourir, l’Éternel recevra
          Ton âme virginale,
Et des anges des cieux le chœur entonnera
          La marche triomphale.

Mais l’athée en mourant commence son enfer
          Dans l’effroyable vide,
Et dans le désespoir sa main cherche le fer
          Qui donne le suicide.

Aussi, ne grandis pas, s’il faut un jour fatal
          Perdre ton innocence,
Pauvre enfant, car la mort, bien loin d’être un grand mal,
          Serait ta délivrance.