Amour et foi (51) : Francesca d'Arimino

          À M. Luigi Bordèze 

Parmi ces grands vieillards, poétique phalange, 
Créateurs glorieux qui restent quand tout change, 
Volcans qui débordaient en laves de concerts, 
Il en est dont la tête est géante et s’élève 
De toute la hauteur d’une tour sur la grève, 
De toute la hauteur d’un mont sur les déserts. 

Tels le vieux Portugais qui briguait, loin du trône, 
Le pain du mendiant sous les murs de Lisbonne ; 
L’homérique Milton, Dante au vol souverain ; 
Hommes prédestinés que rien n’a couverts d’ombre, 
Et dont chaque tableau majestueux ou sombre 
Brille éternellement ciselé dans l’airain. 

Mais je prétère encore aux récits fiers et graves 
Ces gracieux tableaux pleins de douleurs suaves ; 
Et, comme aux frais jardins on cherche tour à tour 
La fleur la plus cachée et la plus odorante, 
J’aime à chercher aussi quelque page enivrante 
Marquée au double sceau de tristesse et d’amour. 

Et je m’arrête alors — parmi ces cœurs de femmes 
Qu’un douloureux amour a rongés de ses flammes ; 
Parmi ces cœurs aimants à qui l’espoir manqua, 
Il en est que notre âme, où le deuil a son charme, 
Colore d’un jour tendre, embaume d’une larme : 
Ainsi je rêve et pleure au nom de Francesca, 

De Francesca que Dante a peinte, humble colombe, 
Dont l’amour prit racine à côté de la tombe, 
Que le sort étouffa dans ses anneaux de fer ; 
De cette Francesca si promptement ravie, 
Qui, fière d’un aveu, le paya de la vie, 
Heureuse d’un baiser, l’expia par l’enfer. 

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