Amour et foi (16) : Fanie

Ce fut là (pauvre enfant ravie en quelques jours, 
Et que je pleure encor, car je l’aime toujours), 
Ce fut là qu’elle vint cette blonde Fanie 
Dont la timide voix était une harmonie ; 
Et pourtant ce gazon n’offre pas même, hélas ! 
Pour vestige dernier l’empreinte de son pas. 

Fanie avait sept ans. Te souviens-tu, mon ange, 
Qu’un soir où nous goûtions un bonheur sans mélange, 
Assis dans cette ailée, elle vint près de nous ? 
Et toi tu la plaças d’abord sur tes genoux, 
Et l’enfant souriait : oh ! comme elle était douce ! 
Jamais agneau plus blanc, plus tendre sur la mousse, 
Ne bondit au soleil dans ses joyeux ébats. 
Elle entourait ton cou de ses deux petits bras ; 
Elle te caressait, te parlait de sa mère, 
De son jardin tout plein de roses, de lumière, 
Et de sa grande sœur qui la grondait parfois ; 
Puis elle s’encourut comme un faon dans les bois. 
Et charmés de la voir si vive, si rieuse, 
Tous deux nous nous disions : que sa mère est heureuse ! 
Pauvre fragile enfant ! la fièvre la surprit, 
Et de ce moment-là sa beauté dépérit ; 
Et livrée aux frissons d’une langueur cruelle, 
Comme un ramier qu’on blesse elle ploya son aile ; 
Mais ce fut sans regret, sans trouble, sans effort, 
Elle ne savait pas ce que c’est que la mort ; 
On n’entendit sortir de ses lèvres éteintes 
Pas un mot, un seul mot qui révélât des craintes. 
La mère m’appela dans cette heure d’effroi, 
Car son enfant m’aimait et lui parlait de moi. 
Oh ! comme je souffris de la trouver folâtre, 
Rieuse encor malgré sa figure bleuâtre ! 
Qu’elle était triste à voir avec son enjoûment, 
Tandis que le linceul descendait lentement ! 
Aussitôt qu’on lui dit que j’étais là, son âme 
Sembla voler à moi ; ses pauvres yeux sans flamme 
Cherchèrent mes regards, elle tendit la main, 
Me fit voir une croix qui pendait à son sein, 
Et, par des mots bien doux qu’elle aimait à redire, 
Me força de cacher mes pleurs dans un sourire. 
Elle mourut le soir du jour où je la vis ; 
Le lendemain, le cœur accablé, je suivis 
Son convoi funéraire : or, c’était un dimanche, 
Nous traversions des prés bordés d’épine blanche, 
Le sol était vêtu de fleurs, le ciel d’azur, 
Quand on la déposa dans un endroit obscur. 
Et depuis, bien souvent, je retourne à la tombe 
Qui voile comme un nid cette pâle colombe. 
C’est merveille de voir les plus brillantes fleurs 
Grandir et fleurir là, mieux que partout ailleurs. 
On dirait volontiers, tant leurs tiges sont belles, 
Que 1’âme de l’enfant est restée avec elles. 
J’ai vu plus d’une fois, près du marbre dormant, 
Un tout petit oiseau s’arrêter tristement, 
Comme s’il eût voulu, par sa chanson jolie, 
Bercer dans son linceul la jeune ensevelie. 
Mais elle n’entend pas, ses yeux sont trop bien clos ; 
Rien ne peut l’éveiller de ce dernier repos, 
Ni l’oiseau qui se plaint, ni l’églantier qui tremble, 
Ni même le doux bruit que nous faisons ensemble, 
Quand tu viens avec moi, mon ange bien-aimé, 
Parler d’elle le soir sur son tertre embaumé. 

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Amour et foi (16) : Fanie

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