Chanson de la Bretagne (la) (24) : Âme des matelots (l')

    À Lucien Herr,

L’âme des matelots est sœur des Mers sauvages…
Des cloches de tristesse y tintent sous les flots ;
Sur l’aile de la brume ondulent les rivages…
Elle est sœur de la Mer, l’âme des matelots.

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L’âme des matelots est pure… On voit en elle,
Par les soirs transparents, les vierges soirs d’été,
Surgir et se mouvoir l’image solennelle
D’une mystérieuse et sereine cité.

Des pays de silence où cheminent des rêves
Nagent au fond des eaux, – lumineusement verts ;
Comme des tresses d’or, sur le dos blond des grèves,
Roulent les goémons, cheveux errants des mers.

Et de graves chansons qui semblent des prières,
En une cathédrale aux mouvantes parois,
S’agenouillent, et les phares, cierges en pierres,
Se ravivent dans l’ombre au souffle de leurs voix.

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L’âme des matelots est sœur des Mers fleuries…
Des violes d’amour ont frissonné dans l’air
Et, les seins ruisselants d’humides pierreries,
Ahès, la grande impure, entonne son chant clair…

Comme la mer, comme la mort, Ahès est forte.
Que sa volonté règne, et, comme au temps jadis,
Qu’un inconnu masqué vienne rouvrir la porte,
La porte des noyés, la sombre porte d’Is !

Hou !… Sur son cheval blanc, le blanc Guennolé passe
Le moine de la mer, de lumière vêtu,
D’un long signe de croix exorcise l’espace :
Le chant d’impureté, le mauvais chant s’est tu.

Mais il s’efforce en vain, le puissant exorciste,
D’emprisonner Ahès au gouffre des flots sourds ;
L’âme de la sirène embaume la mer triste ;
Ses cheveux enlaçants y surnagent toujours !

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La Mer, comme les bois, pâlit quand vient l’automne.
C’est le temps où, plaintive, avec des yeux voilés,
La veuve du soleil, la lumière bretonne
Pleure la race éteinte et les Dieux en allés.

L’âme des matelots est sœur de la Mer pâle.
Des rochers douloureux en hérissent les bords :
Le fond, – champ de granit, vaste pierre tombale –
Vide d’inscriptions, couvre un peuple de morts.

N’importe ! On leur a dit qu’une terre splendide
Fleurit là-bas, plus loin que les eaux, que les cieux,
Et l’invincible espoir des chercheurs d’Atlantide
Reprend vers l’inconnu la marche des aïeux.

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