Chanson de la Bretagne (la) (09) : Nuit insulaire

    À François Gélard

Dans la ruelle étroite au point qu’un seul passant
Suffit à l’obstruer presque toute, je croise
Un de ces homardiers qui viennent de l’Iroise
Vendre aux marchés de Sein la pêche d’Ouessant.

Et voici qu’un volet de lucarne, en grinçant,
S’ouvre dans un vieux mur coiffé de vieille ardoise,
Une fille est là-haut qui se penche, sournoise ;
Et l’homme fait un signe, et la fille descend.

Silencieuse, elle a noué sa cape brune
Sur son cou pâle et fin comme un croissant de lune.
Le gars, d’une voix sourde, a dit : « Vogue le sort ! »

Je les ai vus glisser furtifs dans l’ombre épaisse,
La fille avait l’air fixe et dur d’une prêtresse,
L’homme allait à l’amour comme on marche à la mort.

Livre

Chanson de la Bretagne (la) (09) : Nuit insulaire

Chanson de la Bretagne (la)

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