Poésies complètes de Charles Le Goffic (59) : Alésia

    A Fernand Mazade

A lutter contre toi d’où vient que je m’obstine,
O sang celte qui bats en ma veine latine,
Si, pour rendre à ton flot sa native âcreté,
Il m’a suffi de voir au fond du crépuscule,
Comme au fond d’un immense et brumeux ergastule,
La lune d’août ouvrir son œil ensanglanté ?

Entre les fûts des pins qui rayaient son orbite
Et semblaient les barreaux d’une herse subite
Que l’on eût abaissée aux deux côtés du rail,
Tandis que nous roulions vers la Ville Eternelle,
Elle collait sa rouge et tragique prunelle,
Comme un Gaulois blessé derrière un soupirail.

Et j’ai senti que Rome et la molle Italie
Et Florence, où l’automne est sans mélancolie,
Et Baïes, dont tout cœur d’amant s’extasia,
Dans mon âme d’un soir s’étaient soudain voilées
Et qu’en elle un vaincu des anciennes mêlées
Pleurait encor, pleurait toujours Alésia.

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