Poésies complètes de Charles Le Goffic (49) : Trois matelots de Groix (les)

    À Charles Maurras

C’étaient trois matelots de Groix.
Ils étaient partis tous les trois
    Pêcher la sole :
Les pauvres garçons n’avaient pas
Plus de sextant que de compas
    Et de boussole.

– Ah ! disait l’un, voici l’hiver !
Les hirondelles ont ouvert
    Leurs ailes souples,
Et bientôt, dans le ciel changeant,
On verra les pluviers d’argent
    Filer par couples.

– L’hiver ! dit l’autre, hélas à nous !
Si je vous montrais mes genoux,
    C’est une plaie.
Mon pauvre corps est tout perclus,
Et du coup je ne pourrai plus
    Tenir la baie.

Et le troisième repartit :
– Notre navire est bien petit,
    O bonne Vierge,
Mais à votre église d’Auray,
Sitôt débarqué, je ferai
    Cadeau d’un cierge.

Ainsi causaient parmi les flots,
Debout au vent, les matelots,
    Quand une lame
Emporta le premier des trois.
Il fit le signe de la croix
    Et rendit l’âme.

L’autre, en tombant du haut du mât,
Fut, avant qu’il se ranimât,
    Happé dans l’ombre
Par un poulpe aux yeux de velours,
Qui tendait au ras des flots lourds
    Ses bras sans nombre.

Il a suffi d’un humble Ave
Pour que le cadet fût sauvé
    Du flot barbare,
Et ce matin les bons courants
L’ont ramené chez ses parents
    Dans sa gabare

Vous êtes ici

Livre

Poésies complètes de Charles Le Goffic (49) : Trois matelots de Groix (les)

Poésies complètes

association Daskor Breizh
06.11.32.35.32.
36, rue Basse,
29600 Morlaix