Édouard Turquety

(Rennes, 21 mai 1807 – Paris, 1867)

Un notable breton

Édouard Turquety est issu d'une famille de notables (son père est notaire et adjoint au maire de Rennes) et c'est donc tout naturellement qu'il devient lui-même bachelier-ès-lettres (1824), licencié en Droit (1828) puis avocat.

L'amour de la littérature... et l'amour de Dieu

C'est d'ailleurs à la faculté de Droit qu'Édouard Turquety se lie avec Émile Souvestre. La passion de la littérature les lie jusqu'à la mort de ce dernier (1854), et tous deux deviennent des écrivains bretons : Édouard Turquety se consacre à la poésie, tandis qu'Émile Souvestre devient l'un des plus grands romanciers de son temps.

La poésie d'Édouard Turquety se place dans la sillage de Lamartine, et prend un tour de plus en plus religieux. Celui-ci ne nuit d'ailleurs pas à sa notoriété, et son ami Émile Souvestre écrit que :

Ce cri d'une âme naïve, qui ne rougissait d'aucune de ses adorations et proclamait chaque article de la vieille foi en répétant je crois parut quelque chose d'étrange. Les uns furent édifiés, les autres surpris : mais tous s'intéressèrent. Puis, il y avait au milieu de ces croyances, trop loyales pour rougir d'elles-mêmes, de tendres retours vers les affections de la terre. Le chrétien n'avait point tué le jeune homme. Après les prières ferventes, venaient les plaintes d'amour. C'était quelque chose comme ces mélancoliques sônes du cloarec breton, dont nous avons parlé ailleurs, la confession d'un cœur allant sans cesse de Dieu à la femme et de la femme à Dieu.

Des critiques de grand renom ne sont d'ailleurs pas en reste, ainsi Charles Nodier, un des chefs de file du mouvement romantique :

Ce n'est plus l'élan indéfini d'un spiritualisme admiratif qui honore Dieu dans ses œuvres, mais sans savoir précisément à quel Dieu inconnu il doit rapporter ses hommages ; c'est l'hymne exhalé aux autels du christianisme, et tel qu'il a été recueilli par Klopstock dans les concerts même des anges. Nos muses modernes sont déistes, et c'est un immense progrès après un long siècle de scepticisme absurde qui annonçait la fin des temps. Celle de M. Turquety est catholique, et ses chants peuvent se marier aux concerts des vierges et des prêtres ; or, c'est là une réelle et incontestable originalité.

Cette originalité est d'autant plus intéressante qu'elle est propre à la littérature bretonne de cette époque quelque soit sa langue, bretonne ou française. Il suffit ainsi de se reporter à des écrivains bretons comme Jean-Marie Le Scour ou Jean-Marie Le Jean pour s'en convaincre.

Une sensibilité qui disparaît ?

Cependant, pour Édouard Turquety comme pour tous ces autres écrivains bretons, la postérité a jugé la ferveur catholique avec beaucoup plus de sévérité (mais est-ce alors un jugement littéraire ou un jugement de valeur ?). Ainsi, Frédéric Godefroy ne cache pas son agacement :

Toutes les pièces qu'il renferme se rapportent au même objet. Le Christ, toujours le Christ, voilà l'idée première, l'idée unique de cet ouvrage [...]

Ce à quoi Édouard Turquety lui-même a répondu par avance dans une Ode :

Il est vrai que la route ardue
Souvent déchirera mes pieds,
Et que ma voix inentendue
Répandra des sons oubliés.
Mais que n’importe ? avec droiture
J’aurai rempli ma tâche obscure,
Et l’oubli m’affligera peu.
La gloire (oh ! mon cœur en tressaille),
La gloire a-t-elle rien qui vaille
L’auréole qui vient d’un Dieu !


Le projet Daskor a publié les ouvrages suivants :


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