Prosper Proux

(Poullaouen, 20 octobre 1811 - Morlaix, 11 mai 1873)

Les tribulations d'un Breton en Bretagne

Prosper Proux est le fils d'un maire de Poullaouen et d'une aristocrate appartenant à l'illustre famille Du Parc. Pourtant, Prosper Proux se retrouve orphelin à quatorze ans, et n'hérite pas de la position sociale qui lui était sans doute destinée.

Prosper Proux doit donc quitter le lycée à seize ans (1827) pour chercher du travail. Il effectue toutes sortes de travaux (pêcheur sur les côtes de Terre-Neuve, chasseur à Versailles...) jusqu'à ce qu'un accident le contraigne à rentrer en Bretagne.

Prosper Proux est alors nommé commis de l'enregistrement, épouse une riche héritière, devient contrôleur des impôts (1843) et entretient dix enfants... Il fait figure de notable local.

Malheureusement, Prosper Proux mène bonne chère et se montre incapable de rendre des comptes... Des mutations à Saint-Renan (1858) puis à Paris (1865) n'apportent pas plus de rigueur dans ses comptes, et Prosper Proux doit finalement quitter ses fonctions pour devenir agent commercial à Morlaix.

De l'ironie dans la littérature bretonne

Prosper Proux écrit en breton dès son plus jeune âge. Son tempérament farceur et satirique le pousse à faire rire aux dépens de la morale si fausse de la Restauration et du Second Empire. Prosper Proux chansonne ainsi les soldats fanfarons, les nonnes aigries, les hôteliers douteux, les vieillards envieux...

Les notables froncent les sourcils, mais les chansons de Prosper Proux ont du succès : les grands rivaux Théodore de la Villemarqué et François-Marie Luzel rendent tous les deux hommage à celui dont la verve semble authentiquement bretonne.

Prosper Proux devient ainsi l'un des principaux auteurs bretons du XIXème siècle : il publie les deux recueils Kanaouennoù graet gant ur C'hernevod (1838) et Bombard Kerne (1865), puis il entre au Breuriezh Breizh-Izel peu avant sa mort (1869).

La littérature bretonne trouve ainsi là l'un de ses meilleurs satiristes. François-Marie Luzel écrit ainsi dans la préface de Bombard Kerne :


« M. Proux est un poète de bonne race celtique, d’une originalité très accentuée, d’une verve primesautière, et endiablée. Son vers, d’une allure vive et légère, franc, bien venu, né du sol, est tout imprégné des parfums des landes et des champs de Breizh-Izel. On n’y voit jamais aucune trace d’imitation, qualité rare et bien précieuse ! – et l’on dirait qu’il n’a jamais lu un poète français. Son ironie est douce et inoffensive, et ses traits, quoique bien aiguisés et lancés d’une main sûre, ne sont jamais envenimés.

Il a publié en 1838 un recueil de poésies de jeunesse, devenu introuvable aujourd’hui, et qui est l’œuvre d’un vrai poète et d’un homme d’esprit tout à la fois : c’est de l’esprit gaulois ou breton (c’est tout un), et du meilleur. Les expressions originales et trouvées, les vers francs et sentant le terroir, avec un parfum de bruyères et de fleurs de genêt, abondent dans ces chansons, vraiment bretonnes d’inspiration, de tournure et de langage.

M. Proux, avons-nous dit, réveillé par les oiseaux de mauvais augure qui nous crient sur tous les tons que nous sommes morts, et que l’on va nous enterrer, vient enfin de sortir d’un silence de plusieurs années, que nous déplorions tous, avec plusieurs compositions remarquables, qui ne sentent nullement le tombeau, je vous l’assure. La Muse, trop longtemps délaissée, est accourue au premier appel de son poète bien aimé, et, comme naguère, il a chanté dans la vieille langue des aïeux, il a retrouvé aujourd’hui l’inspiration et les accents de ses meilleurs jours. »


Le projet Daskor a publié les ouvrages suivants :


association Daskor Breizh
06.11.32.35.32.
36, rue Basse, 29600 Morlaix

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