Joseph-Marie Le Bayon

ou Job Er Glean, Ab Inean

(Pluvigner, 12 avril 1876 - Colpo, 26 septembre 1935)

Un séminariste prometteur

L'abbé Joseph-Marie Le Bayon naît dans une famille paysanne du pays d'Auray. Une tante veille à son éducation, mais les choses se compliquent à l'école où Joseph-Marie Le Bayon parle breton... ce qui lui vaut alors d'être puni à porter un sabot sur son dos.

Joseph-Marie Le Bayon ne se laisse pas intimider et n'abandonne pas le breton pour autant. Il réunit même ses petits camarades et forme une troupe de théâtre qui représente le Jeu des Trois Rois de maisonnée en maisonnée, ce qui lui vaut cette fois quelques sous et des encouragements.

Joseph-Marie Le Bayon est ensuite admis au petit séminaire de Vannes, où des professeurs engagés pour la langue bretonne comme l'abbé Buléon l'encouragent même à faire valoir son talent.

C'est également à cette période que Joseph-Marie Le Bayon fait la connaissance de Jacques Le Maréchal. Celui intitule un poème Kousk avant d'écrire en français... Joseph-Marie Le Bayon lui répond en intitulant un poème... Sav ! Le ton est donné.

Joseph-Marie Le Bayon entre ensuite au grand séminaire de Vannes, puis est ordonné prêtre en 1900. Le siècle qui commence s'annonce mouvementé : la politique anticléricale de la IIIème République mène à la confrontation entre l'Eglise de langue bretonne et l'Etat de langue française...

Une vocation littéraire

L'abbé Joseph-Marie Le Bayon prépare une licence ès Lettres et suit des cours de langue celtique en compagnie d'Anatole Le Braz, qui deviendra le grand écrivain que l'on sait, et de Georges Dottin, qui deviendra un universitaire reconnu dans le domaine des langues celtiques.

Parallèlement, l'abbé Joseph-Marie Le Bayon commence à écrire quelques poésies, puis se met rapidement au théâtre. En effet, le théâtre est un divertissement très prisé, et un divertissement que l'Eglise utilise de longue date à des fins... d'édification religieuse et morale.

Sa première pièce, an Aotroù Keriolet, est publiée en 1901 et jouée en 1902 au congrès de l'Union Régionaliste Bretonne. L'abbé Joseph-Marie Le Bayon fonde bientôt sa propre troupe, les Paotred Sant Gwigner, et même son propre théâtre, le Ti ar Bobl.

La littérature bretonne est alors en plein essor. Beaucoup d'autres prêtres se mettent au théâtre, comme le fameux abbé Jean-Marie Perrot, mais aussi de simples fidèles, comme Claude Le Prat, ou des écrivains laïcs et plus "celtiques" comme Toussaint Le Garrec.

Le succès de la littérature bretonne

L'abbé Joseph-Marie Le Bayon a donc désormais à sa disposition sa plume, sa troupe, son théâtre, et parfois même un compositeur et un orchestre. Le succès ne se fait pas attendre : la foule accourt, et Ti ar Bobl affiche souvent complet.

L'abbé Joseph-Marie Le Bayon enchaîne alors les pièces de théâtre : des farces comme Joson al Lagouter, ar C'hemener, ar C'hornandoned, Bazh Sant Gwenole mais aussi, bien sûr, des tragédies comme Soudarded Sant Korneli, Nikolazig, War an hent da Vetleem...

L'abbé Joseph-Marie Le Bayon se lie d'amitié avec l'abbé Jean-Marie Perrot, qui écrit de son côté pour le diocèse de Quimper et Léon, et qui transcrit certaines de ses pièces en breton KLT, comme ar C'hemener et ar C'hornandoned.

Un tel succès justifie amplement la création du théâtre Nikolazig de Sainte Anne d'Auray (1909) et la construction d'un édifice de 2500 places. Ce théâtre se consacre essentiellement à Nikolazig et à la trilogie composée de Mouezh ar Gwad, War hent an hadour et de War an hent da Vetleem.

La foule qui s'y presse attire l'attention de journaux locaux comme L'Ouest-Eclair, mais aussi des journaux très parisiens comme Le Temps (l'ancêtre du Monde) et le Mercure de France. Jamais la littérature bretonne n'aura fait autant parler d'elle !

La fin d'un monde

Malheureusement, la Première guerre mondiale éclate en 1914 et marque la fin d'un monde. L'abbé Joseph-Marie Le Bayon est aumônier militaire au front puis en Allemagne, et c'est seulement en 1922 qu'il rentre en Bretagne.

Il reprend alors des représentations théâtrales qui rencontrent toujours un certain succès lors de fêtes agricoles ou patronales, et il écrit encore quelques pièces comme Kado, roue ar mor, Fosfatin, ar vatezh fin, Sant Izidor, labourer.

Toutefois, l'heure des grandes représentations théâtrales est bel et bien révolu : le théâtre Nikolazig est fermé et en mauvais état, on ne parle plus de grands mystères, le projet de Passion du Christ est abandonné et, surtout, l'Eglise se met désormais à la langue française.

C'en est trop pour l'abbé Joseph-Marie Le Bayon, pour qui l'évangélisation était trop intimement liée à la littérature bretonne.

Le chant du cygne a lieu en 1926, lors des fêtes du Bleuñv-Brug : la troupe de Bignan joue alors de vieilles pièces et surtout Pasion Sant Goneri qui rencontre un véritable triomphe, mais qui rencontre aussi l'opposition des autonomistes.

Comprenant peut-être qu'il appartient désormais à une période révolue, alors que l'Eglise se désengage du mouvement breton et que celui-ci prend désormais une tournure plus politique, l'abbé Joseph-Marie Le Bayon prend sa retraite en 1927.


Le projet Daskor a publié les ouvrages suivants :


association Daskor Breizh
06.11.32.35.32.
36, rue Basse, 29600 Morlaix

propulsé par Drupal