Encore une Sehnsucht

Genre
Poésie
Langue
Français
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Transcription
Sébastien Marineau
Dans le même ouvrage :

               Qu’est-ce donc qui m’attire ainsi ? 
                                             Goethe

La hulotte gémit, plaintive et monotone ;
La branche noire crie aux souffles de l’automne,
La mer jette un sanglot sinistre comme un glas.
L’heure vibrante sonne au fond des tours funèbres,
Déjà la nuit aveugle a couvert de ténèbres
Le jeune Brescanvel et le vieux Keroulas (1).

Délices de l’effroi, d’où vient votre puissance ?
Comment l’horreur peut-elle être une jouissance ?
D’où peuvent provenir ces tristes voluptés,
Qui nous laissent, dans l’ombre, écouter avec joie
La brise d’ouest, le bruit du grand chêne qui ploie,
L’heure, l’oiseau lugubre et les flots redoutés ?

Enfant, tu connais mal ton cœur sensible et tendre.
Ce bonheur ne vient pas de ce que peut entendre
Ton oreille attentive, à la chute du jour ;
Tu n’écoutes, le soir, avec un charme vague, 
L’horloge, le hibou, l’arbre, le vent, la vague,
Que depuis le moment où tu connus l’amour.

(1) Châteaux du pays de Léon.