Ouessant

Genre
Poetry
Language
French
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Transcription
Sébastien Marineau
In the same work :

Qu’elle est terrible à voir, avec ses hautes cimes,
L’île austère pendue au bord des grands abîmes,
Dont les oiseaux de mer, en essaims tournoyants,
Assiègent dans la nuit les phares flamboyants !
Qu’elle est terrible à voir la terre inabordable,
Dans ses combats avec l’ouragan formidable,
Quand la blanche cavale (1) en vain sur ses récifs,
Mugissante, s’épuise en efforts convulsifs.
Qu’elle est terrible avoir avec son Fromveur sombre (2)
Où Dieu seul peut sauver le navire qui sombre !
Marins, éloignez-vous ; cette île est un écueil,
Eloignez- vous ! la mer serait votre cercueil,
Vous seriez engloutis sous sa vague mouvante.
Heussa ! (3) ton nom fait peur ; il veut dire : Epouvante !

Mais tu portes aussi le doux nom d’Ouessant.
Un moine de Cambrie, autrefois, en passant,
Purgea ton sol des dieux voués à ranathème ;
Avec tous tes enfants tu reçus le baptême,
Lorsque Pol, instrument des célestes desseins,
Pour toujours t’eut nommée île du Saint des saints (4).
Marins, si l’onde est calme et le vent pacifique,
Approchez : le bonheur de l’âge d’or antique
N’a pas encor quitté ce sol hospitalier :
Dieu semble le bénir d’un regard familier.
Tous les hommes sont forts, toutes les femmes chastes,
Le peuple n’y vit pas séparé par des castes.
Tous sont égaux entre eux, et l’amour fraternel,
Comme l’amour du Christ, y demeure éternel.

(1) La mer
(2) Passe très dangereuse auprès d’Ouessant
(3) Heussa, nom breton de l’île
(4) Ile d’Ouessant, ile Doué sant littéralement : Dieu saint