l’Angélus aux champs

Genre
Poetry
Language
French
Source
Paris, Didier et Cie Libraires, 1882
Transcription
Sébastien Marineau
In the same work :

          fortunatos nimium…
                              Virgile

On n’entendait plus rien dans le tranquille Armor
Que les chants de bergers, et les cris lamentables
Des troupeaux qui rentraient lentement aux étables ;
La nuit tombait déjà sur la vieille Occismor.

Près de nous, dans un champ, des hommes et des femmes,
Courbés sur les sillons et groupés deux à deux,
Travaillaient en silence, à la lueur des flammes
Qui brûlaient l’herbe sèche entassée autour d’eux.

Ils étaient prosternés sur la terre assombrie,
Souffrant sans murmurer la fatigue pour nous ;
Le grave laboureur, comme l’homme qui prie,
Dans ses rudes travaux est souvent à genoux.

Le tintement lointain d’une cloche plaintive,
Sur le vent de la mer arriva de Saint-Pol ;
Tous, prêtant à sa voix une oreille attentive,
Redressèrent leurs fronts inclinés vers le sol.

Et, sous le calme azur de ce beau ciel sans voiles,
Les Bretons ignorants qu’une foi vive instruit,
Récitèrent en chœur l’Angélus de la nuit,
Les mains jointes, les yeux tournés vers les étoiles.